SAMEDI 24 JUIN 2017 - RIVIÈRE DE PLUIE

LA SCULPTOTHÈQUE DE M. MARCO AH KIEM

 

Un grand merci à Gisèle CARLIER pour son alerte compte rendu et à Christiane ANDRÉ pour son reportage-photos :

   cette page leur doit tout  .  

Le projet de Marco Ah-Kiem est de travailler la pierre pour donner vie aux faits marquants de l’histoire réunionnaise, voire de l’Histoire.
C’est le projet des tailleurs de pierre du temps des cathédrales!
Il veut proposer une lecture des faits historiques, concernant particulièrement notre île, bibliques parfois, avec  la représentation  traditionnelle de "la cène". Ainsi on découvre dans cette "exposition" particulièrement  le thème de l'esclavage avec des illustations de la privation de liberté, des moments de joie, de liesse ( le maloya ) ,  des châtiments , et des personnages tels que  Madame Desbassyns .
 

 

M. MARCO AH KIEM

Dix huit membres de  l'AMOPA se sont rendus, le samedi 24 Juin, à la Rivière-des-Pluies, à l'invitation   de Madame la Présidente  Christiane André, pour visiter la sculptothèque de Monsieur Marco AH KIEM.
    L'homme et le lieu valaient le détour. L'homme, un artiste confirmé, passionné d'histoire, prétend tout de go qu'il n'aimait pas l'histoire à l’école et ne s'y intéressait pas. Étonnant pour cet artiste de talent qui grave aujourd'hui dans la pierre, aussi fidèlement que possible, l'histoire de la Réunion. Pour le moment, il ne s'est préoccupé d'illustrer que le marronage, il s'attaquera très bientôt à l'engagisme.
    Un écrin de verdure abrite ses sculptures. C'est une véritable thébaïde où s'entremêlent de façon harmonieuse, bibassiers, poivriers, camphriers, bananiers, arbres à pain, bois de senteurs, bambous.

Le calme des lieux n'est brisé que par le bruissement des feuilles, le chuchotement de l'eau ou le chant des oiseaux.
    
    

L'entrée de la sculptothèque en bordure de route, n'est pas simplement matérialisée par une plaque de pierre taillée avec en son centre, un marteau-gravé, mais aussi par la jolie sculpture  d'une esclave entravée, allongée sous des menhirs, avec à proximité immédiate une imposante bougie: symbole de toutes les religions. Cette bougie sera bientôt implantée au milieu du champ des sculptures pour illustrer la Réunion des religions. Le lieu n'a pas été choisi au hasard. Là où se trouvent l'esclave entravée et la bougie était le canal Desbassyns, aujourd'hui asséché, voie de passage des marrons tout comme l’était, en amont, la ravine Kivi. L'artiste, un autodidacte érudit,rappelle au passage, que dans les années 1700, les marrons s’appelaient les Kivis (quivis ).

Un chemin pentu très arboré mène à une maison noyée sous une végétation luxuriante, celle de l’artiste, et à un jardin exceptionnel abritant ses sculptures. A l’approche de la maison, sur la gauche, à l'ombre des arbres, un petit amphithéâtre de pierre taillée semble attendre ses spectateurs. Un bas-relief illustre le marquage au fer rouge. Une énorme pomme sculptée représente Eve à l'intérieur du fruit, tout un symbole revisité par l'artiste, celui de la femme tentatrice et du fruit défendu. La scène du maloya est aussi vraie que nature, les postures, la gestuelle, les expressions du visage, les traits négroïdes... Tout est reproduit à la perfection avec une minutie qui force l'admiration et incite à demander à l'artiste avec quel type d'outils de précision il opère. la réponse laisse pantois : avec de simples ciseaux, burins et marteaux que le commun des mortels peut se procurer dans n'importe quelle quincaillerie, outils qui trainaient négligemment à côté des sculptures afin que l’on  puisse vérifier ; et l'artiste d'ajouter avec malice << ce n'est pas parce qu'on a un Mont Blanc qu'on obtient le Goncourt >>.
    

Sur le seuil d'entrée de la maison, trônent pêle mêle sur une table, des illustrations des sculptures de Marco. On y voit Grandmère Kal et Tikala. Grandmère Kal qui errait la nuit à la recherche de son petit fils, Tikala. Madame Desbassyns en train de lire le code noir. Ti Guillaume, esclave qui a donné son nom à l'ilet à Guillaume, Roland Garros et Marcel Goulette sur le chemin de retour à la Réunion, une pièce de 10 euros, le Poilu de MAFATE tenant non pas une bombe mais un galet - pour lui donner une touche locale et pour montrer qu'il n’était pas là pour tuer mais pour se défendre en cas d’agression - et Jules Valentinois qui symbolise la guerre des tranchées. Tout cela pour démontrer que c'est<< à travers la pierre qu'il entre dans la connaissance des histoires >> .
Avant de quitter le seuil de la maison il tient à nous montrer sur une autre table, un livre très ancien de SOUPRAYEN, lequel parle du premier indien arrivé à la Réunion et qui a introduit le culte de VISHNU.
    

On gagne ensuite le coeur de la sculptothèque occupée par la scène du maloya placée sous l'oeil des ancêtres ( des petites excavations découvertes à l'aplomb, laissent à penser que celles-ci servaient de caches aux ancêtres ).
Une cage  dissimulée en hauteur dans les bois emprisonne les amours contrariés d'une blanche et d'un noir. Plus loin une sculpture représente la mise au carcan d’une femme pieds et mains entravés. En contrebas HEVA, la femme d’Anchain pleure en tenant contre elle un bébé sans vie ( HEVA a vécu 25 ans avec Anchain le premier malgache arrivé sur l'ile puis on perd sa trace en 1740 ). En face d'HEVA, une sculpture évoque le collier de servitude et montre un homme entravé au cou et attaqué par trois chiens qui le neutralisent  Plus loin le thème du fouet et de l'amputation. Les traces blanches sur le dos évoquent la lymphe qui perlait après les coups.
   Avant de descendre vers l'espace illustrant le GONDWANA, Mario nous invite à voir des fers d'esclaves, des vrais qu'il a pu se procurer et dont il a fini par comprendre le mécanisme d'ouverture .

Ces fers sont précieusement gardés dans une urne, symbole moderne de démocratie. A côté des fers, un pistolet à pierre, celui que Mussard utilisait pour traquer les marrons. Pistolet authentique datant des années 1700/1800 et à côté d’eux, sur la table, le code noir en version papier et à l’aplomb, posé dans les bois, gravé dans la pierre .
    A côté des bambous qui longent la rivière, on fait un plongeon dans l'espace temps. Nous voici 250 millions en arrière . Un immense globe terrestre érigé par l’artiste représente le Gondwana  au temps où l'Amérique était encore collée à l'Afrique. Les témoins de cette époque, au nombre de six se trouvent au centre. Ce sont six troncs en bois silicifié, troncs qui se sont fossilisés pour devenir des pierres. Ils viennent d'Australie. La présence de l'homme à l'intérieur montre que la terre portait en elle le germe de l’humanité. En face du globe, sur une table, jonchent pêle-mêle de précieux vestiges: des amonites, des fossiles d'oursins, de poissons, le tout acheté à des spécialistes, mais surtout d'authentiques vertèbres de dinosaures et un quartz fumé translucide unique  avec de l'eau à l'intérieur. En fait c'est une bulle d'air qui donne l'impression de goutte d’eau. En manipulant la pierre chacun pouvait admirer à loisir la goutte se déplacer.
 

Avant de se quitter, l'artiste a tenu à nous montrer le travail qui l'a mobilisé pendant un an: la représentation de la Cène, réalisée avec un plan de table fourni par Maria Valtorta. L'artiste fait observer avec malice que le pain représentant le corps du Christ a été remplacé par un gros macatia (toujours pour la touche créole ).

Artiste confirmé et reconnu, il se dit très sollicité par les collectivités et les particuliers, pour des commandes à l’occasion d'évènements. Ainsi à l'occasion des journées du patrimoine, il va réaliser pour la commune de Sainte Rose, un coffre sur lequel il y aura un homme voilé. L'homme est le fantôme du gardien du trésor, mais l’originalité de cette commande est que le coffre sera immergé.

Une sculpture immergée, une première dans l'ile. Son originalité ne s’arrête pas là,  il veut acquérir une petite falaise à proximité pour y implanter ses nouvelles sculptures. Falaise qu'il appellerait << les Rocheuses >> Il aura ainsi en quelque sorte, son Mont Rushmore  local.
    Ce travail magnifique est à découvrir absolument. La visite guidée dure plus de deux heures et c'est un pur enchantement des yeux et de l’esprit. Bravo MARCO !  ... Et un grand merci à l'AMOPA pour cette belle sortie enrichissante.
                                                                                                                                                                                           Gisèle CARLIER

Et, comme à l'ordinaire, à l'issue de la visite, le repas a été pris en commun , cette fois au  restaurant King Dragon à Sainte-Marie .

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