​L'ÉDUCATION ET NOUS

LE SPORT ET L’ ÉCOLE : LE PARADOXE

Tous  les éducateurs sportifs, tous les animateurs de club vous le diront avec fierté :  le sport est une école de la vie, car il est la pratique d’un exercice qui demande de la rigueur et de l’humilité, car il exige le dépassement de soi, le sens de l’effort sans lequel aucun progrès n’est possible .
    Il apprend à se connaître soi-même , sans complaisance, car le sport pèse, mesure, compte :  kilogrammes, grammes, kilomètres, mètres, millimètres, heures, minutes, secondes, centièmes de secondes, buts, essais , paniers ! Le sport évalue . Le sport conduit ainsi à se situer soi-même par rapport aux autres, à constater et accepter les différences objectives . Ainsi le sport classe : premier, second, troisième, il apprend  la compétition, et récompense les meilleurs résultats : coupes, boucliers, ceintures, médailles de bronze, d’argent, médaille d’or …
    Mais le sport enseigne le respect de l’adversaire, explique qu’il n’y a pas de honte à s’incliner devant plus fort ce jour là.  Le sport glorifie le vainqueur, mais apprend à honorer le vaincu qui a donné le meilleur de lui-même :  se perfectionner  encore dans l’espoir de faire mieux la fois suivante, voilà la seule leçon à tirer de la défaite … et de la victoire aussi d’ailleurs, en toute humilité .
    Le sport est une école de la vie qui recherche la justice . Il regroupe les compétiteurs, individus ou équipes, en fonction de leur âge, poussins, minimes, benjamins, cadets, juniors, seniors, en fonction de leur poids, lourds, moyens, plume, en fonction de leur valeur prouvée, en amateurs, clubs, divisions, grades, ceintures ou  gants de couleurs différentes. Le sport catégorise pour éviter que ne soient confrontées d’emblée des forces a priori trop inégales . Le sport est une école de la vie qui lisse son apprentissage .
    Le sport est aussi une formation à l’esprit d’équipe : dans un sport collectif Untel peut avoir toutes les qualités individuelles au plus haut point, s’il n’a pas l’esprit d’équipe, il n’est rien . Et le sport apprend  le respect des règles qu’il impose  : dans toute pratique on retrouve un observateur, un arbitre dont le rôle est  de consigner scores et performances,  mais aussi de veiller au respect de ces règles : qui s’en affranchirait sera pénalisé, voire exclu de la partie .

    Oh, je vous entends : " Mais le sport engendre la violence,  la tricherie, le dopage, la corruption ! » . C'est vrai . L’actualité de ces derniers mois a été assez riche en exemples  de telles dépravations y compris au plus haut niveau  de certaines instances dirigeantes, car les hommes, du moins, certains d'entre eux, se montrent  capables de pervertir les meilleures choses,  dans ce domaine comme dans tout autre . Mais remarquez au passage que, le plus souvent, cela va de pair avec la professionnalisation, qui s'écarte singulièrement de l'esprit olympique, et convenez  que je vous parle Sport et que vous me répliquez  Chauvinisme ou  Cupidité .

    Ainsi le sport impose des règles, prône l'effort, évalue, classe, récompense .  C'est une école de vie sociale et civilisée que notre École enseigne : elle a ses professeurs d'Éducation Physique et SPORTIVE qui portent haut les valeurs du sport . Ils les inculquent à leurs élèves. Leurs cours deviennent  souvent compétitions, ils organisent des matches inter-classes, animent l'association sportive, essayent de mener leurs champions ou équipes le plus loin possible dans les rencontres organisées par l'UNSS . Et quel honneur pour la communauté le jour où l’on décroche un titre national, ou seulement académique !  Flatté, le Chef d’Établissement exposera la coupe bien en évidence, dans son bureau .

Notre École enseigne le sport . Mais dans son fonctionnement propre, que fait-elle, notre École ?

    Pour ce qui est de l’effort, elle le redoute, car la contrainte pourrait décourager l’élève . Aussi préconise-t-elle une pédagogie qui sera d’abord ludique . Débusque-t-on quelques difficultés que l’élève devrait affronter ? on les réduit : on écarte les pierres du chemin sans se préoccuper de vers quoi il conduira dorénavant et en méprisant souverainement d’où il venait . En matière de sélection, notre École exige qu'à un  niveau donné, les classes soient systématiquement constituées d'élèves aux capacités les plus disparates : c'est ce qu'on appelle l'Hétérogénéité  . Ici pas de ligue, pas de deuxième division ou de division d’honneur : un pot unique, mais l’élève aux performances moindres  ne  souffrira pas de cette  inégalité  au sein de la classe, puisqu’ il n’y aura aucune compétition, que l'on appelait Émulation . Quant au Maître, il n’aura qu’à adopter une pédagogie différenciée . Et en matière d’évaluation, il vaudrait mieux éviter toute démarche chiffrée précise qui stigmatise l’élève en difficulté par un jugement négatif brutal  : cela le dévalorise à  ses propres yeux et induit un classement que notre École s’interdit déjà, comme elle tend à bannir toute récompense : bons points, images, tableaux d’honneur, encouragements, félicitations, et autres prix d'excellence … Quelles vexations pour les élèves exclus de ces distinctions !

    Alors, si le Sport qui prône l'effort, évalue, catégorise, classe, récompense, est une école de la vie, de quoi notre École veut-elle donc être l’école ?

                                                                                                                                          

                                                                                                                                                                      SAUZET Jean-Yves . Proviseur à la retraite

    ( Texte publié en Mars 2016 )

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