SAMEDI 28 Octobre 2017 - Saint- Pierre - Pierrefonds

LE DOMAINE DU CAFÉ GRILLÉ

Merci à  Gisèle CARLIER, pour son compte-rendu très complet sur cette sortie , qui donnera aux absents l’envie de visiter ce domaine-jardin aux multiples facettes…

 

  Pour sa sortie mensuelle une douzaine de membres de l'AMOPA se sont retrouvés à Pierrefonds pour visiter << LE DOMAINE DU CAFE GRILLE >>


           Difficile d'imaginer dans cet endroit du sud de l'ile, qui a tout de l'erg rocailleux, une telle oasis de fraîcheur qu'est le << domaine du café grillé >> Ce domaine qui s'étend sur 4Ha est une invitation à remonter le temps et à découvrir, à travers ses cultures, la Réunion d'aujourd'hui et la « Réunion lontan ». La balade est à la fois botanique et historique. Balade où l'épicurisme s'exécute de la plantation (la caféière) jusqu'à la dégustation du café « la kour » pris au bar à café à l'arrivée, comme mise en bouche.

 

    Un petit film amateur projeté en préambule donne le ton de la visite guidée.
           La visite commence par le jardin moderne esthétique. Hibiscus, queues de crevettes, ixoras, bougainvilliers, orchidées...composent cette partie du jardin dont la particularité est d'être toujours en fleurs. En face s'épanouissent dans un beau dégradé de couleurs, des plantes de rocailles : euphorbes et agaves tels : le rince bouteilles - l'épine du christ (notre fil barbelé péi ) mais aussi des crotons en massifs hauts en couleurs, des faux jasmin, des roses du désert...
            Notre guide fait observer qu'aucune de ces plantes n'est originaire de la Réunion mais a été introduite par l'homme. Ce sont toutes des plantes exotiques à l'image des plantes orne- mentales et odorantes qui suivent : Ylang Ylang, tiaré de Tahiti. Le guide souligne avec malice que placer la fleur de tiaré à droite de son oreille signifie coeur à prendre à gauche par contre que son coeur est pris.
           Avec surprise on découvre que le café est une rubiacée comme le tiaré, ils sont tous les deux de la même famille.  Avec fierté il nous montre un érable du Canada et un bébé baobab qui se sont adaptés au climat de la Réunion à leur manière et des frangipaniers hybrides offrant un beau mélange de jaune et de rose. Hybridation naturelle que l'on doit à un papillon qui les a fécondés.
          On délaisse ce jardin exotique pour pénétrer dans le << jardin de grand-mère >> témoin des traditions « lontan ». Nos grand-mères ne cultivaient que ce qui leur était utile.
           Le << jardin de grand-mère >> est donc un jardin fonctionnel dans lequel foisonnent : le kapok , dont la fibre servait au tissage. La calebasse non comestible dont la coque dure du fruit servait à la confection de bols. La calebasse était en quelque sorte notre « tuperware péi ».
         

On passe ensuite de la palmeraie à la bambouseraie. Notre guide très en verve, explique qu'il n'y a rien de plus envahissant qu'un bambou, l'astuce consiste à ne planter que des bambous aux racines non traçantes, c'est le choix qui a été fait par le domaine. Enfin grand-mère pour se soigner utilisait essentiellement les plantes de son jardin, camphre, benjoin et cannelle sont la composante médicinale de cet espace dédié à grand-mère.

 Suit « le jardin de grand-père >>, c'est mon préféré dit avec malice notre guide. Grand-père à l'inverse de grand-mère aimait à cultiver ce qui pouvait nourrir sa famille, son jardin a une composante alimentaire. On découvre les fruitiers, venant d'ailleurs, de Malaisie, de Madagascar....tels le combava, la noix de macadémia, la sapotille, le mambolo, les grenadiers, le jamblon, la vavangue, les figuiers, le cacacoier. Des plants de manioc et des mouroungues aux vertus reconnues complètent la gamme et constituent le<< réservoir du pauvre >>   réserve complétée par quelques plantes endémiques, notamment des tisanes : sauge, ayapana, citronnelle.... Nous sommes dans les années 1800

    Surviennent alors des catastrophes. L'ile va devoir cultiver autrement. En effet, en 1806 et 1807 l'ile est victime de trois cyclones consécutifs, auxquels s'ajoutent des maladies et des avalasses. Toutes ses cultures sont anéanties. Il faut repartir à zéro et planter ce qui résiste aux intempéries. Ce sera la canne à sucre, comme le roseau, la canne ploie mais ne rompt pas. 
        L’ile entre, début 1900, alors qu'elle est colonie, dans l'ère des grandes cultures. Vanille, vétyver et canne à sucre font leur apparition et marquent un tournant dans l'histoire de l'île. Si la canne portait des noms évocateurs, comme la canne bonbon, la canne mapou...aujourd'hui elle porte des noms de code, notre guide semble le déplorer.
       On continue à remonter le temps et à plonger dans les années 1700 où la  « Compagnie des Indes >> s’installe dans l'île. C'est l'époque où les propriétaires font venir des plants de café à cultiver par les esclaves. Le café est ainsi introduit. On apprendra que le café était prisé des grands du royaume notamment du roi Louis XV qui fait aménager au château de Versailles les brûleries. Mais le roi ne buvait que  « l'unique bon >>, c'était un moka qui venait d'Ethiopie. Outre Louis XV, les philosophes des Lumières fréquentaient les bars à café et La Fontaine appréciait tellement le café qu'il en buvait en moyenne 50 tasses par jour.
     

 Revenons à l'ile, la culture du café va façonner son histoire, l'esclavage lui est étroitement liée. Pour le cultiver, le cueillir et le torréfier il fallait de la main d'œuvre, on fait donc venir des esclaves. La cueillette des grains appelés cerises, se faisait délicatement à la main. Cependant, notre café, comparé à « l'unique bon », était considéré comme << sauvage >>. Il fut donc ignoré, discrédité et est tombé carrément dans l'oubli jusqu'à ce que dernièrement des
Japonais s'y intéressent et découvrent, après des tests, commandés et financés par eux, que notre café est non seulement de grande qualité mais est exceptionnel et unique, il est naturellement décaféiné ; Cela va relancer la production de notre « bourbon rond » ( ainsi appelé parce que la graine est ronde ) et de notre bourbon pointu ( parce que la graine est pointue ) .

.Au cours de notre cheminement au milieu des caféiers, on apprend que dans l'immédiat la production est marginale car un plant de café donne environ 2kgs de cerises et un plant donne un paquet de café par an. De plus, 80% de la production sont réservées au Japon, mais notre café est considéré comme un grand cru, sa graine est labellisée AOC, il est devenu le café de luxe le plus cher au monde. Il ne se vend qu'en coopératives, dans les offices de tourisme ou dans les épiceries fines comme Fauchon. Il ne se vend pas en grandes surfaces. Si d'aventure on en trouvait, la lecture de l'étiquette lèvera le doute, il y est mentionné, conditionné et distribué à la Réunion.       Aux côtés de l'ananas, de la vanille, du curcuma la Réunion peut s'enorgueillir d'avoir un produit de plus labellisé : le café bourbon.
       Une case en paille clôture la visite. Réalisée à l'ancienne avec des feuilles de latanier rouge la << Ti case en paille >> donne un aperçu des conditions de vie de nos ancêtres avec son sol en terre battue et son << far far >>, le garde-manger traditionnel.  

    Bravo à William notre jeune guide dont la faconde et l'humour ont contribué à la réussite de cette balade bucolique à inscrire absolument dans vos agendas et à recommander.


                                                                                             Gis!èle Carlier

À l’issue de cette visite quelques membres du groupe se sont retrouvés  au restaurant le « Cap Méchant d’Abord » pour prendre leur repas en commun, comme le montre la dernière photo du petit diaporama ci-dessus . .

 

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